Une affaire de Style

Une affaire de Style

Par où commencer ? Nous sommes bien peu de choses face à cette histoire. Celle du Style. Voilà sans doute ce qui fait le sel de toute culture et de toute génération : sa petite musique. Le Style peut être l’Art de la finesse, celui de la légèreté, autant qu’il peut devenir un instrument de destruction. Le manier donne un pouvoir rhétorique, une capacité à emporter l’adhésion sur son plus terrible assaillant, armé jusqu’aux dents et prêt à en découdre. Comme écrasé par la lourdeur de ces bêtes de devoir, jonchés sur des podiums comme dans des foires, assénant leurs arguments à grands coups de marteaux. Ca vous en fait casser le crâne des foules ces machins-là. C’est un  style, voilà tout. Un raffinement qui aurait foutu le camp. Et pour autant, le Style est partout l’étendard de son époque. Il est notre identité. On le retrouve dans les musées, les bibliothèques, les rues, sur les comptoirs tard le soir… Il se boit, se discute, il se dispute. Il n’a pas d’heure. Il est multiple. Se maquille. Se déshabille. Se déguise parfois. Il s’envie. Se copie. Se transforme. Il peut être plat, rond, carré, pointu. Déstructuré. Il ment autant qu’il cherche la vérité.

Le Style se porte autant qu’il s’écrit. Il s’entend, se peint et fait le beau. Il se laisse désirer et fait appel à nos sens. Il existe partout. Sur les mers. Les continents. Il part à bateau conquérir le monde. Ou sur une barque de fortune avec un vieil homme. A cheval face aux moulins. En Ford T d’Est en Ouest sur la route 66. Ou à pied en allant chercher le pain le dimanche matin. Il est de toutes les cérémonies. Et reçoit des télégrammes annonçant la mort de sa mère, aujourd’hui, ou peut-être hier. Il est reconnaissable entre mille selon les époques. Et pour autant il ne se donne pas. Il est. Il se vit. Il s’affirme. Il fait que Michel-Ange liquide Raphaël et d’une main puissante efface d’un trait le Sfumato de Leonard. Il fait que Delacroix traduit l’esprit de son temps, en injectant tourbillon et réalisme, pour faire passer les héros d’Ingres pour de pâles copies antiques. Il fera l’Espagne de Picasso et l’Amérique de Warhol. Il donnera à celui qui parviendra à l’apprivoiser un nom pour l’éternité. Il arrachera l’Homme à sa condition, en faisant de lui un visionnaire, un sujet possédant l’art de renverser son histoire. Le Style dira de nous ce que nous avons été.

Louis-Ferdinand Céline


Mais attention, va falloir payer ! Rien de plus délicieux que cela. Il est rare. Et il n’est pas gratuit ! Que non… Louis-Ferdinand Céline sera de toute évidence l’un de ses représentants les plus sensibles. L’un des plus virulents. Ne disait-il pas du reste : “Les écrivains ne m’intéressent que les gens qui ont du Style… Les histoires, il y en a plein les rues… Mais pour cela il faut mettre sa peau sur la table. La grande inspiratrice c’est la mort. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien. Il faut payer.”  

 

 

 

Gabriel Maginier

 

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