CHRONIQUES D’ATELIER par les étudiants de l’isdaT

Depuis plusieurs années, Jean-Pierre Castex et Patrick Mellet proposent aux étudiants de l’isdaT d’exposer, à l’occasion du cours « Déplacements », dans trois espaces de monstration que tout oppose : La Chapelle, espace muséal du Musée des Augustins qui accueille une programmation d’art contemporain, Le Réservoir, ancien château d’eau destiné à alimenter en eau potable le quartier de la Côte pavée de l’agglomération Toulousaine, et un axe de la plateforme numérique Point contemporain. Programmé pour mars/avril 2019, le projet a pour ambition de confronter les étudiants à ces espaces marqués par une forte identité. Une expérience professionnelle passant nécessairement par le dialogue avec conservateurs, régisseurs directeurs, commissaires, éditeurs, mais aussi avec un public soucieux de comprendre ce qu’il est invité à regarder et parfois peu au fait d’un art contemporain qui cultive à dessein l’ambiguïté du sens.

L’artiste est celui qui tout au long sa carrière, connaît le déplacement, d’ateliers en résidences, d’institutions en galeries. Voyageur volontaire ou exilé, il devra migrer pour se confronter à des situations nouvelles, pour s’enrichir de la parole de l’autre, pour échapper à l’emprise de la norme. Dans sa pratique quotidienne, il extravertit la pensée, la fait dériver, la déplace à travers l’expérience des mots, des sciences humaines, de l’illégalité, du débordement, du renoncement au confort, nous entraînant par ses expérimentations sur des routes de traverse, dans l’errance de l’infinité des savoirs.

L’artiste a cette capacité d’appréhender l’humain dans toute sa dimension et sa confusion, sans doute par cette capitalisation de ce qu’il a lui-même lu, vu, entendu, ressenti et dans cette volonté de partager l’expérience du réel. Être artiste, c’est revendiquer une forme de possession, se montrer détenteur d’un langage. En déplaçant notre regard, il agit sur notre perception, nous en montre l’ordre ou le chaos. Une série de déplacements qui l’affectent autant que celui qui regarde son œuvre.

Par son geste artistique nécessitant une forme de générosité, l’artiste est celui qui expose et  s’expose . Le préfixe « ex-» marque un déplacement qui est fondateur de sa pratique comme de son mode de subsistance. Dans son art, il s’ingénie à exhiber une forme, à en ex-traire une essence en le déplaçant hors de son univers de référence afin de la rendre signifiante. Le geste artistique contemporain naît des deux éléments constitutifs de la révolution, le soulèvement et le renversement. Deux images d’un déplacement qui passe par une poussée libératoire, l’exploration de nouveaux territoires.

Valérie Toubas et Daniel Guionnet